
Les vitraux de la Nouvelle-France de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Brouage
Neuf vitraux forment un vaste cycle mémoriel consacré à la naissance et au développement de la Nouvelle-France.
Voir la notice →Huit ensembles
XXeUltime volet de notre exposition virtuelle, le XXe siècle n’est certainement pas le plus simple à aborder. Politiquement et mentalement construit sur les certitudes héritées du siècle précédent, il fut affecté durant ses quarante premières années par des caractéristiques communes à la plus grande partie de la Vieille Europe : nationalisme exacerbé, diplomatie des alliances, colonialisme à son apogée. La France n’y dérogea pas et la Troisième République y apportera sa touche, positiviste, anti-germanique et anticléricale.
Bien loin des préoccupations de la France d’alors — tournée vers l’Europe et l’Afrique —, l’image des Amériques et plus particulièrement celle de l’héritage de la Nouvelle-France, le Canada français, devait cependant en être profondément marquée.
Ainsi fut construite durant trois décennies une relation particulière avec les « Français du Canada », aux rapports ambigus et contradictoires ; tiraillée entre un sentiment national commun aux deux rives de l’Atlantique et les impératifs d’une diplomatie souhaitant ne pas froisser l’Angleterre — l’Entente cordiale — ; écartelée entre le besoin de célébration mémorielle et le rejet des faits pouvant cautionner l’Ancien Régime (« Le Canada […] devenu anglais par la faute d’un roi de France… », Le Républicain de Saint-Malo, juillet 1905) ; caractérisée, enfin et surtout, par une laïcité militante entrant en conflit avec une histoire dans laquelle la religion avait joué — et jouait toujours — un rôle majeur.
Durant cette période, une représentation de l’Amérique française est donc construite, fondée sur la célébration et l’évocation, à l’aune du dogme républicain, de ses certitudes et de la diplomatie.
Ainsi pouvons-nous citer l’inauguration de la statue de Jacques Cartier à Saint-Malo, première commémoration officielle du siècle dédiée à l’Amérique française en 1905 ; la présentation des vitraux de la « Défense de Trois-Rivières par Pierre Boucher » en l’église Notre-Dame du Perche en 1923, plus discrète certes, mais combien intéressante du point de vue mémoriel et artistique ; la construction de Notre-Dame-des-Missions au cœur de l’Exposition coloniale de 1931, symbole des accommodements d’une laïcité sourcilleuse aux intérêts coloniaux de « la plus grande France » ; l’inauguration du buste de Cartier en 1934 dans ce qui deviendra le Jardin de la Nouvelle-France à Paris, exemple d’association entre l’historiographie et la diplomatie pragmatique ; enfin et surtout, l’érection du monument dédié au père Marquette dans sa ville natale de Laon, objet de rivalités politiques et dogmatiques qui ne verront leur terme qu’en 1937.
Ces quelques exemples, résultats d’un choix arbitraire certes, mais propre aux limites de cette présentation, sont en somme explicites du champ clos des rivalités intra-françaises au sein desquelles l’image de l’Amérique française fut prise en otage.
Si cette image apparaît comme « disputée » mais vivante durant cette période, elle semble en revanche complètement oubliée dans la France de l’après-guerre : la reconstruction, l’instabilité des gouvernements successifs, les conflits coloniaux et probablement l’omniprésence du monde anglo-saxon détournant certainement le regard du souvenir d’une Amérique française. L’une des rares exceptions peut être vue sur le pont Boieldieu de Rouen — reconstruit dans les années 1950 —, dont l’une des culées est ornée d’une représentation de Cavelier de La Salle ; encore que cette image soit d’abord celle de l’exploration du monde par des enfants de la Normandie.
Il faudra en fait attendre le voyage du général de Gaulle, en 1967, et son fameux discours à Montréal pour que le langage du souvenir soit enrichi par quatre mots ouverts à l’avenir. La médaille « Kebeca liberata » de 1690, refrappée pour l’occasion, en est le parfait exemple. L’image française de l’ancienne Nouvelle-France en sera profondément changée, « rajeunie » par une véritable redécouverte mentale et culturelle.
La réalisation, entre 1982 et 2017, de la série des neuf vitraux de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Brouage nous le montre. Cet ensemble, qui peut être considéré comme le plus important consacré à la Nouvelle-France de ces quarante dernières années, est également le plus diversifié : la naissance et le développement de la Nouvelle-France y sont représentés, tant en Acadie que sur le Saint-Laurent ou sur les Grands Lacs ; synthèse accordant la part belle à Champlain et au XVIIe siècle certes, mais également vision historique renouvelée admettant la composante missionnaire, longtemps occultée.

Neuf vitraux forment un vaste cycle mémoriel consacré à la naissance et au développement de la Nouvelle-France.
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Une médaille du règne de Louis XIV, refrappée en 1967, relie la défense de Québec à une nouvelle lecture politique de la mémoire française.
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À Rouen, l’explorateur prend place dans un programme monumental consacré au voyage maritime et aux grandes figures normandes.
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Deux monuments révèlent des choix mémoriels différents entre célébration missionnaire, exploration et contexte politique de l’entre-deux-guerres.
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Au cœur de l’Exposition coloniale de 1931, l’histoire missionnaire du Canada français trouve place dans un programme Art déco mondial.
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Un vitrail Art déco transforme la vie de Pierre Boucher en récit civique reliant le Perche à Trois-Rivières.
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Première grande commémoration officielle du siècle, le monument malouin inscrit Cartier dans une mémoire partagée entre France et Canada.
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À Paris, deux bustes et un jardin font de la mémoire de la Nouvelle-France un élément durable du paysage urbain.
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